Nathalie van Doxell : reviews

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Nathalie van Doxell est artiste, elle habite entre Paris et New York. Photographe et vidéaste, elle nous propose des expériences à vivre. Dès ses premières œuvres, elle s’exprime hors des espaces imposés, des conventions et hors du temps officiel. Elle vit sa condition d’artiste en dépassant sa propre identité dans l’expérience avec des personnes de milieux sociaux très divers et avec des thèmes récurrents : les apparences ou les " étiquettes sociales ".
En 1995, pensionnaire à la Villa Médicis à Rome elle réalise la série des « Héros ». Elle invite le visiteur à calculer sa propre surface de peau. Puis elle réalise une photographie macroscopique de sa peau, pour l’agrandir aux mesures exactes du visiteur ainsi portraituré. Livreur de pizza, top-model, chauffeur de taxi, clown, ministre, boulanger, informaticien, prêtre ou artiste se côtoient, dans une série de portraits photographiques au format homothétique du format figure de la peinture classique. Ces peaux de « Héros » nous rappellent que chacun est le héros de sa vie, d’une histoire qu’il incarne au delà des classes sociales ou de sa couleur.

Puis, NvD, demande à l’artiste Patrick Neu de dessiner délicatement en filigrane à l’encre de chine sur une aile de papillon, le visage de chaque femme condamnée à mort aux Etats-Unis ainsi que le numéro de leur casier judiciaire, d’après les photographies judiciaires qu’elle collecte. Ces portraits donnent l’expérience d’une existence fragile, qui se distingue de l’identité spectaculaire diffusée par les médias.
A partir de 1998, elle nous propose une série d’histoire à vivre ensemble à propos de la banalité de la vie des gens prétendus hors du commun. D’abord, elle nous donne les adresses de la vie quotidienne du serial killer Parisien Thierry Paulin, et nous invite à visiter les lieux de sa vie quotidienne. Puis ’Espace d’Art « Public » invite l’artiste à réaliser le Tour-Operator Thierry Paulin, une mise en scène de 1h30 mn à vivre dans un autocar avec musique et vidéo, à propos des lieux de la vie où vécut Thierry Paulin; l’artiste nous démontre qu’il n’y a rien à voir.

Elle réalise, ensuite, une série d’autoportraits (photo et vidéo) pris dans les baignoires de Thierry Paulin. La jeune femme se lave dans la baignoire où un serial killer a pris son bain quotidiennement, là où il habitait. NvD ramène le spectateur à soi, à une expérience de soi, vers un fond d’existence commun et anonyme, où nous ne sommes ni ange ni bête, mais un être démuni et prometteur. Elle réalisera également plusieurs autres autoportraits dans des lieux intimes de personnes prétendues hors du communs ; Naomie Campbell top model.
En 1999, elle réalise à New York un film sur une expérience qu’elle partage avec ses amis ; elle leur donne un rendez-vous à l’emplacement exacte d’un lieu où se ont eu lieu des assassinats.
Pour l’exposition « Because sex Sells » à la NicolaÏ Gallery à NY en 2001, elle fait fabriquer un jeu de draps, Nuit Sublime. Ce drap en soie est imprimé avec pour motif le grain de la peau marron, très agrandi de Naomi Campbell. Dormir dans la peau d’une star.

En 2000 pour le Centre d’art de Vassivière, elle réalise un drapeaux qui arbore une photographie ; des cœurs de couleur dessinés maladroitement par l’artiste au stylo-feutre, à la main, sur la peau de son ventre; les cœurs contiennent des motifs de drapeau, comme les rayures et des étoiles; un amour universel sur le ventre nu. On peut lire un message optimiste délibérément simplet dans lequel l’artiste propose son expérience comme une pure force d’affirmation, au-delà du nationalisme
Dans le même esprit d’expérience à vivre ensemble, elle est invitée en 2001 par la Foire d’art contemporain de Bâle et de Berlin à réaliser le TourOperator NvD, une expérience que l’artiste propose de vivre dans des autocars confortables, qui favorise et stimule les conditions de la rencontre entre personnes qui ne se connaissent pas afin qu’elles puissent lier conversation; communiquer hors des conventions sociales.
Puis elle imagine le « sleeping-bus » pour l’exposition Paris-Soho dont le thème est : plus aucun artiste n’a les moyens financier d’habiter Soho.
Ce quartier qui a été le leur durant 20 ans, des boutiques les invitent maintenant en retour à investir leur espace commercial (projet LVMH). Nathalie van Doxell propose à une de ces boutiques de luxe de faire passer ses client par un autocar dans lequel vivent ses amis artistes pour une durée de 10 jours.
Pour son exposition à la Gallerie Neon de Bologne, NvD demande à un policier de dessiner à coups de revolver une constellation d’étoiles la Grande Ours) et des coeurs sur un mur. Le policier n’est plus le soldat obéissant à la loi monolithique, mais l’agent poétique de la voie lactée et de l’amour dont l’acte créateur est une déflagration violente. Le geste que NvD se propose de faire vivre à ce policier, est une attitude d’existence, une innocence qui fait croire possible l’impossible.
Lorsque en 2000, l’Institution Française à donné à NvD, la bourse de la Villa Medicis hors les murs pour New York, l’artiste demande à un collectionneur de lui prêter le temps de la bourse, une voiture décapotable.
Le dîners du Vide Sanitaire, est un rituel institué depuis 2000, avec l’artiste et deux autres personnes tous les mois; les trois “membres fondateurs” organisent mensuellement un dîner gastronomique, auquel ils convient chacun un “invité surprise”, qui taira son activité sociale durant tout le dîner, seuls les “membres fondateurs” se connaissent. Des dîners où seules les sensations directes entre les convives se vivent et s’expriment.
En 2002, elle crée innocences.com. Un site d’expressions et d’expériences critiques où il n’y a ni centre ni périphérie parmi les divers champs disciplinaires représentés.
Nathalie van Doxell nous rappelle que nous jouons des rôles auxquels nous croyons trop. Elle intervertit et déplace constamment les rôles. Quand sommes-nous nous-mêmes ? semble-t-elle s’interroger naïvement. Elle propose dans ses expériences, la contradiction inhérente à l’animal social qu’est l’homme, solitaire et civil.
Richard Vine,
magazine Art in America